Plateau de Beille (09) Altitude 1790 mètres
Ca y est le jour de la revanche est enfin venu, 4 ans après un mémorable coup de bambou lors de l’Ariégeoise 2001 je suis à nouveau prêt à affronter le terrible plateau de Beille.
Ce coup-ci je vais le grimper directement après un léger échauffement, les choses devraient être plus facile mais j’ai un tel souvenir de ma dernière confrontation que je suis tout de même inquiet.
En ce milieu de matinée de juillet il fait très beau sans chaleur excessive, pas de vent non plus. Mon seul souci c’est que le VVF se situe au pied de l’ascension. Il faut donc que je roule quelques km avant d’attaquer pour m’échauffer un minimum. Je pars donc faire le tour des Cabannes par la Nationale et tant pis si c’est un couloir à camions.
Après quelques encablures me voilà donc au pied de "l’ogre" Ariégeois. Je sais que d’entrée de jeu il n’est plus question de plaisanter, je pars donc très prudemment.
Mon tout nouveau Kuota équipé d’un compact en 34x50 devrait me faciliter les choses. D’autant plus que j’ai de la réserve jusqu’au 28 derrière même si j’espère ne pas avoir à m’en servir mais chat échaudé… 4 ans plus tôt le 39x28 s’était révélé très insuffisant alors cette fois-ci j’y vais mollo avec de la souplesse et un petit braquet.
La pente est tout de suite très raide et je sais qu’il n’y aura aucun répit pendant 12 km. La route grimpe fort mais elle est plus agréable que dans mes souvenirs. Il y a de l’ombre, on voit les Cabannes en dessous, c’est très joli.
Sans doute l’heure matinale, la température plus agréable et l’état de fraîcheur très différend me permettent d’apprécier beaucoup plus l’instant présent que lors de ma première expérience.

Vue sur les Cabannes
Je grimpe bien, en souplesse, un coup assis, un coup en danseuse sans puiser dans mes réserves, prudence prudence! La pente est vraiment raide jusqu’au 6ème km et le passage aux 1000 m d’altitude, rarement en dessous de 9 %. Un petit km de répit relatif à 7% puis ça repart entre 8 et 9 %, je comprends mieux pourquoi j’avais usé mes cales sur le bitume la dernière fois!
Aujourd’hui tout va bien, je prends confiance à mesure que les km passent. Je me sens même vraiment bien comme rarement je l’ai été lors de mes multiples ascensions en haute montagne depuis 7 ans, depuis que j’ai décidé de devenir un "cent cols".
Du coup j’appuie un peu plus sur les pédales pour voir. Je ne fais qu’un avec ma machine, tout répond à merveille, aussi bien assis qu’en danseuse lors des relances, je suis aérien, quel plaisir.
Il ne reste plus que quelques hectomètres avant le replat relatif je peux donc accélérer au passage de la fontaine. Chaque lacet est une occasion d’en remettre une couche, je double ou plutôt laisse sur place un cyclo qui se bat contre la pente, il me rappelle mon terrible combat de presque 2 heures lors de ma première expérience sur ces mêmes pentes. Je me suis promis de faire mieux aujourd’hui, objectif : 1 h 30mn.
Allez, un dernier coup de cul et voici le replat qui annonce la passage à 1500 mètres d’altitude.

Un replat relatif
Le répit est vraiment de courte durée car il est suivi tout de suite derrière d’un passage à presque 11 %. Tout au dessus de moi je vois un cyclo en train d’en découdre lui aussi, je me lance à sa poursuite.
La fin de l’aventure se profile, je suis toujours bien. Petit à petit je grignote mon retard sur mon prédécesseur qui m’a repéré. Il n’a pas l’air décidé à se laisser rattraper. Nous nous livrons donc un duel à distance alors que la pente s’est tout de même radoucie.
Le paysage est à présent bien dégagé, de grands espaces s’offrent à la vue, j’en profite pleinement car 4 ans plus tôt je n’étais pas en état d’apprécier.
Je suis de plus en plus proche de mon cyclo qui m’a tout l’air d’être un cyclosportif, il avance bien mais je vais un peu plus vite, pas assez cependant pour le reprendre car c’est l’arrivée sur le grand parking marquant la fin de la route et de l’aventure.
Mon pari a été tenu, j’ai fait même mieux que je ne le prévoyais puisque les 16 km sont bouclés en 1 h 17 mn. La revanche est donc totale car j’ai pris beaucoup de plaisir tout au long de l’ascension et réalisé un temps plus correct que les 1 h 58 mn précédent.

De grands espaces!
S’ensuit alors une longue discussion avec le cyclo que j’ai poursuivi durant les derniers km et qui s‘avère effectivement être un cyclosportif. Nous parlons bien entendu de montagne, de vélo et de cyclosport. Il me confie qu’il s’est employé pour que je ne le rattrape pas ce qui nous a permis de faire une belle fin d’ascension.
Il ne reste plus ensuite qu’à se laisser aller pour rejoindre les Cabannes , dans une descente où il faut rester prudent car la vitesse atteinte peut se révéler vertigineuse.
Mon camarade de rencontre a choisi d’attaquer. Pour ma part j’y vais tranquille afin de prolonger encore un peu ce moment de grâce vécu en ce jour particulier de revanche, après tout ils ne sont pas si nombreux dans une vie de cylo.
D.Taya2 Avril 2006
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