Col de la Croix de Fer (73) Altitude 2064 mètres
En ce 17 juillet 2001, quelques jours après une arrivée sous une météo glaciale le ciel avait enfin retrouvé de belles couleurs. Ca tombait bien le tour de France passant à quelques encablures des Karellis, où la petite famille avait installée le camp de base, j'étais fermement décidé à affronter mon premier "vrai" 2000 mètres à savoir le col de la Croix de fer et ainsi profiter du passage des coureurs.
Par prudence et parce que je me doutais que la journée serait longue je décidais de ne pas partir en vélo directement de la station mais de prendre mon véhicule afin d'éviter au retour la dernière ascension longue et difficile.
Je partais donc relativement tôt au vu de l'heure prévisionnelle du passage des coureurs au sommet du Glandon mais je ne voulais pas me retrouver englué dans le flot de circulation. J'arrivais rapidement dans St Jean de Maurienne au pied du col qui une fois franchit me permettrait d'arriver directement au Glandon.
Il est environ 10 h, le soleil brille, il commence à faire chaud, j'enlève les manchettes et c'est parti, ça monte d'entrée de jeu alors qu'on est en pleine ville. Cette année j'ai prévu un allié supplémentaire, un couronne de 28 dents, cela me rassure et me permet dés le début de mettre le 39x26 avec encore un braquet de réserve. Je suis assez excité par le fait que je vais voir passer le Tour dans une vraie étape Alpestre et que je vais grimper un col légendaire qui en plus passe la barre mythique des 2000 mètres. Il y a aussi un brin d'inquiétude car le col est long, près de 30 bornes, j'espère le grimper honorablement.
Juste avant une épingle à droite, 2 cyclos arrêtés me demandent si je n'ai pas vu une féminine, ce à quoi je répond négativement en relançant de plus belle.
Ca grimpe sec mais j'ai de bonnes sensations, un coup assis, un coup en danseuse. Une fois les dernières maisons dépassés, la pente continue et je vais toujours bien. La route est assez large et en état correct. Je parviens au bout de plusieurs kilomètres au croisement qui mène à la Toussuire. Je n'imaginais pas douze ans plus tôt à l'occasion de vacances à la neige que je serais un jour en train de passer ici même en vélo. Les souvenirs trottent dans ma tête car c'est la-haut durant cet hiver 1989 que j'ai rencontré celle qui allait devenir mon épouse. Bon assez rêvassé, je quitte la route de La Toussuire, j'ai un col qui m'attend !
Ici c'est une partie en descente sur quelques kilomètres avant de devoir à nouveau se mettre en danseuse. Ca casse le rythme et augmente la difficulté, la compensation c'est que les paysages traversés sont sublimes. J'ai de bonnes jambes alors j'en profite pour à la fois bien mouliner et admirer la nature qui s'offre à ma vue. Je suis tout heureux en me disant, " ça y est, tu y es ! Tu es dans un grand col comme tu l'as toujours rêvé ". Ca grimpe vraiment dur mais les pins et les éboulis de rochers me ravissent alors je ne sens pas la pente. Je double un cyclo planté juste avant l'entrée de premier tunnel. Je l'encourage avant de m'engouffrer dans l'obscurité. C'est assez particulier comme sensation que cette fraîcheur allié à l'humidité. Heureusement c'est en grimpant car pour la descente ce doit être plus délicat à négocier.
Tunnel
Je sors du tunnel, et passe ainsi sans encombre les autres tunnels à suivre. Cette partie est vraiment pentue, la suite est plus relax, ça descend même légèrement pour parvenir au croisement qui part à gauche vers le col du Mollard.
Arrivé au niveau d'un petit plan d'eau sur la gauche je décide de m'arrêter quelques instants pour satisfaire un besoin naturel, m'alimenter et profiter du paysage, cela fait déjà 16 km que je grimpe, j'ai encore du chemin à faire jusqu'au sommet.
La route plus étroite est en pente assez douce, j'accélère un peu car j'ai en point de mire un groupe de cyclos que je double un peu plus loin. Il s'agit de cinq italiens, qui répondent à mon salut. Arrivé à un village, je constate que ça grimpe un peu plus. Enfin au loin c'est St Sorlin d'Arves, avec au dessus le sommet du col, ça à l'air de grimper sérieusement pour y parvenir.
St Sorlin est très animé en cette fin de matinée, de plus il commence à y avoir beaucoup de voitures qui me doublent, sans doute vont-ils eux aussi voir les coureurs.
Deux cyclos rejoints au cœur du village me disent que dans quelques hectomètres ça ne va pas être une partie de plaisir. Je les laisse et continue pour vérifier brutalement leurs dires. En effet, ça grimpe sec, cela ajouté à la fatigue accumulé depuis plus de 20 km font que ça tire sur les jambes.
Au dessus de St Sorlin je me décide à mettre le 28 dents, tout en danseuse, finalement ça ne va pas trop mal. La route s'élève rapidement, elle est étroite. Le paysage est de plus en plus pelé, ça se rafraîchit pas mal, je remonte la fermeture du maillot.
Un lacet puis un autre, je double des cyclos esseulés, il faut relancer en permanence. Il commence à y avoir des voitures garés sur les bas côtés, cela auront pas mal de marche à pied pour aller voir les coureurs. Au détour d'un lacet j'aperçois le sommet, j'accélère pour en terminer plus vite.
Le sommet est proche!
Je m'arrête au niveau du panneau marquant le sommet. Ca y est, celui là il est dans la boite, c'est un véritable col à + de 2000 mètres, 2064 mètres exactement . Soit 30 kilomètres d'ascension effectués en 02 h 03 à mon compteur. Je suis plutôt frais, il vaut mieux car il va me falloir rester de longues heures au bord de la route à attendre le passage des forçats de la route.
La croix de Fer
Une fois remis en selle, je dois slalomer entre les centaines de piétons rejoignant la route du tour. Un petit coup de reins et je parviens au sommet du Glandon, celui-là il ne m'aura pas coûté cher. Descendu de ma machine je cherche une place pour bien profiter du spectacle. Je choisis un talus sur la droite. J'appui le vélo à un rocher et je m'installe.
Pas pour longtemps car au bout de quelques minutes plusieurs personnes s'approchent jugeant sans doute l'emplacement bien a leur goût. L'un d'eux, bedonnant, le bob sur la tête trouve que décidément le vélo le dérange pour bien installer son large fessier. Il décide manu militari de le pousser, ce qui a pour effet de faire frotter le cadre sur le rocher. Aussitôt je lui manifeste mon mécontentement, visiblement il s'en moque. La discussion s'envenime rapidement, devant l'hostilité ambiante je préfère changer de lieu avant d'en venir aux mains. Je suis écœuré, je viens de me taper 30 bornes de montée pour parvenir jusque là et je dois laisser la place à une bande de bofs moyens qui se disent amateurs de cyclisme mais qui sont incapables de respecter un vélo !
Je redescends de quelques hectomètres, je suis frappé par la pente, le final du Glandon est très impressionnant, le pourcentage est terrible ! Quelques lacets plus bas à l'entrée de ce secteur pentu, je vois plusieurs vélos rangés sur le bas côtés. Visiblement il s'agit de cyclos, ici le climat devrait être moins hostile, je m'arrête et m'installe dans l'herbe à côté de cyclos néerlandais ainsi que de cyclos de la région. L'ambiance y est sereine, on parle vélo ce qui permettra de meubler la longue attente jusqu'au passage des pros. Je ne regrette pas d'avoir pris le Gore-Tex et du journal pour me protéger car à 2000 mètres d'altitude il fait froid. Je dévore toute mes provisions jusqu'à ce qu'enfin la caravane arrive.
Pour la petite histoire c'est Laurent Roux qui passera en tête mais on retiendra de cette étape le grand numéro d'acteur de Lance Armstrong qui passe en queue du petit groupe mené par Ullrich et ses Télékoms simulant une journée " sans " avant d'assommer tout le monde dans la montée suivante vers l'Alpe d'Huez.
Lorsque tout ce beau monde est passé, j'enfourche ma monture pour redescendre vers la vallée. C'est là qu'on apprécie de ne pas être en voiture pour pouvoir se faufiler dans le gigantesque embouteillage du en grande partie aux nombreux campings cars. Comme prévu j'apprécie de trouver mon véhicule garé au dessus du village du Bochet m'évitant la difficile ascension sur les Karellis. La journée a été longue, il est temps de rentrer distribuer à mes trois garçons les gadgets glanés auprès de la caravane.
D.Taya2 Mars 2003
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