Col del Pam (66) Altitude 1997 mètres

J’étais un peu inquiet en arrivant à Font-Romeu en ce dimanche de juillet quatre mois après mon accident car je me demandais si j’allais réellement pouvoir affronter les sommets environnants.
Le chirurgien m’avait bien donné son feu vert début mai pour la reprise du vélo mais je m’étais fort bien gardé de lui annoncer que j’allais grimper des cols flirtant avec les 2000 mètres.
Ces vacances avaient été prévus bien avant l’accident, je n’avais pu changer les réservations, c’était donc Font Romeu un point c’est tout. Par contre je n’avais pu me résoudre à laisser le vélo à la maison, "on verra" avais-je dis à mon épouse un peu inquiète.
Je me garais donc devant le centre de vacances situé sur la commune d’Egat, à proximité immédiate de Font-Romeu, à + de 1800 mètres d ‘altitude avec mon fidèle destrier sur le toit. A peine descendu de la voiture je me fais "alpaguer" par un type d'une quarantaine d’année qui me dit tout de go "salut, moi aussi j’ai un Cannondale, on pourrait rouler ensemble ?"
Le gaillard avait cru reconnaître en moi un membre potentiel de la grande famille cyclosportive, il avait raison. Il me dit qu’il est d’Orléans, qu’il a 7000 bornes dans les jambes, qu’il fait plein de cyclos (la Jacques Bossis entre autre) et que le dimanche avec son club il roule à 35 de moyenne !
Tout cela alors que je ne suis même pas rentré dans le bâtiment et que mon épouse commence sérieusement à s’impatienter.
Je laisse le collègue orléanais pour prendre possession du logement. Le soir même le passionné m’annonça avoir déjà été roulé! Comme il me pressait pour savoir quand je voulais aller grimper je lui dit que pour ma part je désirais m’acclimater un peu à l’altitude et que je prévoyais ça pour le surlendemain avec le col del Pam au programme depuis Bourg Madame. C’était ok pour lui.
Nous voilà donc de bon matin sur nos vélos prêts à en découdre avec les sommets, l’Orléanais arbore très fièrement la tenue complète de la "Jacques Bossis". Je n’étais pas du tout rassuré car d’une part je n’avais jamais grimpé un col à cette altitude, de plus je ne savais pas trop ou j’en étais côté forme après ces 2 mois d’arrêt complet et d’autre part j’étais très loin d’avoir accumulé le nombre de bornes de mon camarade.
Je lui en fit d’ailleurs la remarque en lui indiquant que pour ma part j’avais à peine 1700 km dans les pattes depuis 2 mois et surtout aucune cyclo à mon actif pour cette année, bref que nous étions loin d’avoir le même niveau. Je me rassurais comme je pouvais en pensant que du côté d’Orléans les cols ne sont pas légions et que cela rééquilibrerait un tout petit peu les choses car le peu de bornes que j’avais effectués l’avaient été dans les bosses de l’arrière pays héraultais.
Un détail m’interpelle, mon camarade vient juste de faire monter un triple plateau, peut-être a t’il peur des bosses?
J’aurais préféré rouler seul mais je n’avais pu refuser à ce collègue si enthousiaste de partager la route. Nous partons donc vers Mont-Louis afin de pouvoir redescendre sur Bourg Madame, il faut d’abord remonter quelques kilomètres dans Font-Romeu pour passer le col du Clavaire, je vois que le collègue n’est pas là pour rigoler, je m’accroche pour l’instant on verra dans le col tout à l’heure.

Après la descente et le plat nous arrivons à Bourg Madame à une bonne moyenne, on ne s’est pas amusé. On commence par se paumer , en franchissant la frontière au poste de douane. Un petit tour en Espagne et on passe à nouveau devant les douaniers pour cette fois commencer l’ascension.
Ca ne monte pas trop, il y a quelques longues lignes droites le long de la ligne de chemin de fer du pittoresque train jaune. Nous arrivons au croisement qui part à gauche vers Puymorens, à droite vers Font Romeu. Ca grimpe un peu plus, les villages traversés sont charmants, Villeneuve des Escaldes et sa magnifique chapelle romane sont laissés sur la gauche de la route. Mon collègue est parti sur un bon rythme, je me sens pas trop mal, 39/21 ou 23, je prends des bons relais mais mon équipier n’est pas en reste et lorsqu’il passe devant, il accélère l’allure. Je ne sais pas si je vais tenir tout au long du col comme ça!
A partir du superbe village d’Angoustrine ça se raidit un peu plus, mon camarade ne prend plus un relais, je me sens bien. On arrive au chaos de rocher de Targassone le décor est somptueux, j’en remets une couche. Soudain je m’aperçois qu'il a décroché de ma roue, je continue à mon rythme en jetant un coup d’œil de temps en temps pour voir s’il revient, apparemment non.
Après un long faux plat qui conduit à l’entrée d’Egat je me retourne car on voit la route très au loin en arrière et je l’aperçois à peine tout au fond, il à pris un sacré coup de bambou pourtant la pente n’est pas insurmontable entre 4 et 5 %. Je continue sans plus me soucier de lui car il reste encore de la route à faire jusqu’au sommet.
Je vois sur ma droite en contre bas le four solaire d’Odeillo puis j’arrive à Font-Romeu.
Four solaire d'Odeillo
La station est animée à cette heure-ci, il faut se faufiler entre les piétons et les voitures. Je reprends à présent le bout de route emprunté le matin même pour rejoindre Mont-Louis jusqu’au col du Calvaire, sauf qu’une fois arrivé à ce col je prends à gauche dans une forêt, ce sont les 2 km les plus pentus aux environs de 6%, je suis à plus de 1900 m d‘altitude et je grimpe depuis plus de 20 bornes mais ça va, je me surprends moi-même.
Je laisse la station de ski des airelles sur la gauche pour me hisser à travers les pins jusqu’au sommet en cul de sac du col del Pam. Ca y est j’ai réussi, je me suis offert mon premier vrai col à près de 2000 mètres, 1997 mètres exactement. Je suis content de moi, je fais demi-tour espérant voir surgir mon compagnon de début d’ascension mais aucune trace de lui. Pour ne pas rester planté sans rien faire, je décide d’aller m’offrir le col dénommé "Mollera del Clots" que j’ai déniché grâce à un magazine de vélo. Il suffit de passer devant la station de ski de fond des Airelles et ses chiens de traîneaux pour rejoindre les télésièges qui mènent à un sentier conduisant au lac des Bouillouses.
Je grimpe donc 3 ou 4 km de plus, et là je mets le 39/26 car je fatigue un peu. C’est chose faite, le magazine annonçait ce col à 2040 m j’ai donc réussi à vaincre un + de 2000 mètres. En fait j’apprendrai plus tard que ce col n’est pas validé par le club des cent cols, il compte donc pour du beurre.
Je redescends très fier d’avoir réussi à me taper 2 cols pour le prix d’un, et toujours pas de nouvelles de mon camarade. En fait j’apprendrai plus tard qu’il en a beaucoup bavé et qu’arrivé qu niveau d’Egat il a bifurqué à gauche pour rentrer directement au centre de vacances. Il n’avait pas prévu que dans Egat les pourcentages sont très prononcés, ceci ajouté à la fatigue il a même du poser pied à terre. Je pense qu’il a tout simplement commis l'erreur d’attaquer un peu vite ce col puis qu’il a trop insisté pour rester dans ma roue, il s’est grillé. Sur un effort aussi long quand on a pas le coup de pédale requis pour la grimpette ça ne pardonne pas. C’est dommage car ce col n’est vraiment pas dur, il permet de grimper à 2000 mètres sans trop puiser dans ses réserves. C’est une bonne entrée en matière pour attaquer la haute montagne.
Du coup j’ai continué ma campagne pyrénéenne seul, mon compagnon d’infortune ne m’a jamais plus proposé de l’accompagner dans ses sorties. Au fond j’étais plutôt content, la confrontation à la montagne est un plaisir égoïste qui se prête bien à l’effort solitaire.
D.Taya2 Décembre 2002
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