Col du Galibier par Télégraphe (05) Altitude 2642 mètres
Confiant après ma belle ascension de la Madeleine, je décidais de m'attaquer au monumental Galibier par le Télégraphe. Cela faisait un peu loin pour faire l'aller retour depuis les Karellis alors je décidais de faire profiter toute ma petite famille des paysages en leur demandant de venir me chercher une fois mon "exploit" effectué. J'ai du faire quelques concessions pour que tout le monde y trouve son compte.
Je partirais donc en tout début de dimanche après-midi afin de ne pas transformer cette promenade montagnarde en corvée.
L'après-midi à 2600 mètres il fait bien meilleur et on peut faire la grasse matinée avant. Une bonne glace à Valloire avait même été promise pour finir de décider tout le monde et me laisser par la même occasion plus de temps pour en finir avec ce col mythique.
J'étais fin prêt bien avant l'heure que je m'étais fixé à…dès que possible après le déjeuner. Dés 11 heures 25 je faisais donc le pied de grue devant le restaurant du centre de vacances qui comme un fait exprès ouvrit ce jour-là en retard. Une fois ouvert j'eus la désagréable surprise de ne pas du trouver au menu ce dont tout cycliste rêve, à savoir des sucres lents style pâtes ou riz. Pas de chance, il n'y avait que des frites et des tomates provençales avec un steak !! Vraiment pas top le menu du sportif en partance pour un effort soutenu.
Après avoir avalé ma ration, je me change puis j'enfourche mon vélo vers 12 h 30. J'ai calculé que le temps de descendre et d'arriver à St Michel de Maurienne j'aurais tout de même le temps de digérer quelque peu. Oui mais ça c'était pour un repas normal mais là avec les aliments ingérés ce n'est pas gagné. Espérons qu'il ne fasse pas trop chaud.
Je descends prudemment car l'équipement a eut la riche idée de gravillonner grassement la route. C'est vraiment aberrant, le vélo part tout seul dans les virages. J'apprendrai plus tard qu'un motard est allé dans le décor ce jour là.
Fin de descente, la température me semble élevé, c'est sûr qu'aux Karellis à 1600 mètres il fait moins chaud. Je remonte par la grande route qui rallie St Michel de Maurienne. Il n'y a pas trop de voitures à cette heure-ci et le dimanche il n'y a pas de camions, c'est déjà pas mal. Je croise plusieurs cyclistes, puis d'autres encore. Ils m'ont l'air entamé pour certains et je vois une plaque sur les vélos. Ca y est, j'y suis il s'agit des courageux participants au fameux brevet montagnard de la FFCT qui viennent du Galibier avant d'attaquer la Croix de Fer.
J'avais complètement oublié que c'était aujourd'hui, il y a sans doute mon collègue Michel Rey que j'ai du louper de peu. Il me confirmera plus tard qu'il était bien présent ce jour là mais qu'il était parti très tôt.
J'arrive enfin à St Michel de Maurienne, je sais que je vais m'élancer dans un effort très long et très dur donc je stresse un peu. En traversant un pont j'ai pu voir à un thermomètre lumineux que la température était de 30° !! Ca complique les choses, pourvu que tout aille bien. Un coup d'œil sur le compteur pour savoir combien de temps je vais mettre et c'est parti. Dés le début la pente est difficile, il faut mettre petit.
Comme je sais que j'aurai besoin de braquet très petit en haut je ne me résous pas à employer mes plus petits braquets, alors j'ai du mal à trouver un rythme. Au bout de quelques centaines de mètres 2 cyclistes me doublent et me saluent. Inconsciemment j'accélère un peu l'allure. J'ai chaud, je bois je ne suis pas dans l'allure. Je lève un peu le pied, ça grimpe sévère.
Au fur et à mesure que se déroule le col, on est un peu plus au frais sous les arbres. Ca va un peu mieux. Au détour d'un virage je vois mes 2 cyclistes arrêtés à une fontaine. Je les double et continue à mon train. Un peu plus loin ils me reprennent et à nouveau j'accélère une peu. Cette fois je reste un peu plus à leur contact, pas dans leurs roues mais quelques mètres derrière.
Au bout d'un moment ils me prennent du terrain et s'éloignent. Je lève un peu le pied, les lacets du télégraphe sont tout de même usant. Je cherche à voir si le sommet s'approche mais il n'en est rien. Les kilomètres passent lentement, je croise les derniers participants au Brevet de Randonneur Alpin, ce sont 2 féminines avec une voiture derrière.
Col du Télégraphe
J'aperçois alors une voiture garée avec les 2 cyclistes arrêtés en train de se rafraîchir auprès de leurs compagnes. Je les double à nouveau, décidément on joue à cache-cache.
Un peu plus loin c'est la fin du télégraphe mais à ce moment là 3 cyclistes déboulent comme des fusées pour finir l'ascension en trombe. Je prends leurs roues pour terminer avec eux. Ceux-là s'arrêtent au sommet moi je bascule après une montée en 55 minutes.
Sommet du Télégraphe
La descente s'effectue tranquillement, j'essaye de récupérer. J'arrive à Valloire où il fait très bon, beaucoup de monde. Je me laisserais bien tenter par une halte en terrasse d'un des nombreux café mais il serait trop dur de repartir. Une petite pensée pour mes gamins qui eux dans un moment vont profiter d'une de ces terrasses. J'attaque à nouveau la grimpette.
La sortie de Valloire me fait penser à un long faux plat mais en fait par moment ça grimpe pas mal ou alors c'est moi qui commence à fatiguer. En tout cas c'est très joli. A nouveau mes 2 cyclistes me doublent, cette fois je n'essaye même pas de prendre leurs roues, les jambes sont moins efficaces. La route longe un torrent, j'essaye de me changer les idées en profitant de la beauté des paysages pour ne pas penser que bientôt ça va être terrible d'après ce qu'on m'en a dit.
Sur une sorte de replat je vois un panneau marqué Plan Lachat. C'est ici que théoriquement débutent les pentes les pires. Je tourne la tête vers la droite et je vois la route en face qui s'élève de façon très abrupte, l'image est saisissante, je pense que je vais souffrir car je suis déjà bien entamé. Mes 2 compères cyclistes sont eux déjà en plein dedans.
Un virage tout à droite et j'attaque les hostilités. Que c'est dur ! J'essaye de ne pas tout donner mais j'ai les jambes raides. Un coup assis, un coup en danseuse, pour finalement sortir pas trop mal de cette longue ligne droite.
Plan Lachat
C'est au sortir de cette partie que ça se complique, plusieurs virages serrés m'imposent de sortir ma dernière carte, le 28. Je vois au loin la route qui s'élève toujours et encore. C'est magnifique mais je n'en profite guère car je suis bel et bien planté comme dans le plateau de Beille le mois dernier lors de l'Ariégeoise.
C'est pas bon du tout car la route est encore longue jusqu'au sommet et je sais que je ne récupérerais pas, bien au contraire.
Je n'arrive pas à enrouler le 39x28, j'ai l'impression de tirer une braquasse énorme moi qui passe tout à la moulinette, j'ai beaucoup de mal à forcer. De toute façon des forces je n'en ai plus. Je bois, m'alimente mais rien n'y fait. De plus j'ai un peu froid et une furieuse envie d'uriner.
Je reste assis dès que je le peux, je n'avance pas, c'est au mental que je continue. J'arrive au niveau d'une sorte de bergerie où j'ai tout le temps ,vu ma vitesse phénoménale d'environ 8 km/heure, de lire qu'on y vend du fromage. Plusieurs voitures sont arrêtés.
Au sortir de ces bâtiments, je m'arrête aussi, non pas pour m'alourdir d'un fromage mais pour m'alléger de quelques millilitres et par la même occasion me dégourdir les jambes.
Je stoppe mon effort quelques instants, je m'étire brièvement les jambes et je repars en espérant que ça va aller un peu mieux.
Une pause... s'impose!
Je n'ai guère du m'arrêter plus d'une minute mais cela va mieux. Je vais doucement pour retarder le moment ou fatalement je vais à nouveau coincer car je sais que c'est inéluctable, je suis trop cuit pour espérer retrouver un second souffle.
J'aperçois le sommet, qu'il semble loin à atteindre par cette route qui serpente au milieu des Alpages. A présent il y a quelques névés, cette ascension est impressionnante, je suis dans la légende mais je n'en profite pas tellement car je n'en ai plus la force. Je rejoins un cyclo d'un certain âge qui c'est arrêté auprès de la voiture suiveuse de son épouse. Il a l'air mal en point lui aussi. Beaucoup plus haut je vois mes 2 cyclistes dont un semble en perdition également.
L'approche du sommet semble interminable, enfin je parviens au tunnel alors qu'à nouveau j'ai du mal à enrouler le 39x28. C'est dans ces moments là qu'on regrette amèrement de ne pas disposer d'un triple plateau.
Quel dommage que le tunnel ne soit pas ouvert, ça m'éviterait d'avoir à grimper jusqu'au sommet que je vois très bien juste au dessus. Il faut continuer, la pente me semble insurmontable. J'approche de la dernière épingle, vais-je devoir mettre pied à terre ? C'est à ce moment là que je vois en plein milieu de l'épingle un cycliste plutôt jeune et affûté, cheveux longs au vent style Brochard avec vélo et tenue qui va bien, planté en pleine épingle pour finalement mettre pied à terre.
Par un sursaut d'orgueil je décide de ne pas l'imiter et je puise dans ce qu'il me reste de réserves pour continuer. Je le salue au passage mais cela doit plus tenir du rictus que du sourire vu l'état dans le quel je me trouve. Je passe à côté de murs de neiges. Le sommet est là mais je n'arrive pas à l'atteindre, le temps me paraît suspendu, je suis pratiquement arrêté. J'ai les oreilles qui bourdonnent, je continue je ne sais comment, pour parvenir enfin jusqu'au panneau où se trouvent plusieurs voitures et beaucoup de monde. Je suis éreinté, je n'ai même plus la force de déchausser, le vélo penche dangereusement vers le côté gauche de la route. Vais-je m'étaler au milieu de tout ce monde ? Au dernier moment avec l 'énergie du désespoir je parviens à déchausser pour mettre un pied salvateur à terre.
Les derniers hectomètres
La descente de vélo s'effectue difficilement puis je décide de m'asseoir sur le bord de la route afin de récupérer et d'admirer le paysage. Je reste de longues minutes ainsi prostré, j'ai la tête qui me fait mal. Il me faut mettre un coupe vent car il fait froid. Je bois et m'alimente avant de repartir pour la descente jusqu'au Lautaret. Je ne vais pas me priver de mettre à mon palmarès ce col à plus de 2000 mètres, je l'ai amplement mérité.
Finalement, j'ai mis un temps total (au compteur) de 2 h 30 minutes pour 34,5 km mais je m'en souviendrais de ce Galibier, quelle épreuve ! Alors que 3 jours auparavant j'étais parvenu plutôt frais en haut de la Madeleine, là je suis vidé. Les sorties se suivent et ne se ressemblent vraiment pas.
Je n'étais pas dans un bon jour ça c'est certain, mais j'ai commis également un certain nombre d'erreurs qui m'ont coûté chers. A savoir, partir à l'heure la plus chaude, sans avoir le temps de digérer un repas pas du tout adapté. Ensuite, partir trop vite dans le Télégraphe en m'imposant des changements de rythme pour suivre d'autres cyclos. Ca c'est une grosse erreur, il est indispensable grimper à sa main sans se soucier des autres, je le sais mais j'ai sans doute été trop présomptueux suite aux bonnes sensations ressentis dans la Madeleine. Il faut savoir rester humble en montagne sinon elle vous le fait payer très cher.
J'ai donc terminé mon périple par le Lautaret où j'ai ensuite fait demi-tour pour aller à la rencontre de ma petite famille en remontant vers le Galibier. Comme ces derniers avaient bien profité de leur halte rafraîchissante à Valloire, j'ai pratiquement pu arriver jusqu'à la stèle à quelques hectomètres du sommet. Bizarrement, ça allait un peu mieux, ça grimpe sans doute moins par ce côté mais j'ai tout de même poussé un soupir de soulagement lorsque j'ai aperçu la voiture au loin. Cela m'a évité de grimper le dernier raidar qui m'aurait sans doute posé de gros soucis.
Col du Lautaret
L'objectif du jour a été rempli même si cela a été plus dur que prévu. Il me faut espérer que le prochain, le Glandon se passera mieux sous peine d'être dégoûté des cols.
D.Taya2 Mai 2003
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