Col du Glandon (73) Altitude 1924 mètres
Après la grosse défaillance du Galibier je me devais de repartir à l'abordage d'un autre grand col des Alpes avec un esprit conquérant. Je décidais d'attaquer le redoutable Glandon en essayant de ne pas commettre les mêmes erreurs que ce terrible dimanche afin ne pas subir de nouvelles déconvenues.
La sérénité n'était pas ma compagne en cette belle matinée car outre le fait que la précédente chevauchée cycliste fut tout sauf fantastique, je connaissais le final du Glandon pour l'avoir dévalé la semaine précédente à l'occasion du passage des coureurs du tour. Cela ne m'avait en rien rassuré, bien au contraire, je l'avais trouvé terrifiant, un véritable mur !
Je décidais de jouer la prudence en quittant mon lieu de villégiature en voiture plutôt que sur deux roues, je n'avais aucune envie de me coltiner la montée sur la station des Karellis après avoir fournit des efforts intenses toute la matinée.
Une fois garé et fin prêt je partais tranquillement rejoindre Saint Etienne de Cuines via St Jean de Maurienne par une petite route qui m'éviterait le couloir à camions.
Malgré l'heure matinale, le temps est très doux car le soleil est généreux, il n'y a donc plus qu'à pédaler. Cette petite route est très sympa, elle permet de se chauffer car certaines portions grimpent légèrement. Je double quelques cyclos esseulés, sans doute vont-il eux aussi affronter un des nombreux cols de la région.
Parvenu au pied du col, je décide de rouler en dedans, le rythme est donc cool. Je dépasse les dernières maisons ainsi qu'un cyclo qui roule encore plus cool que moi.
La pente n'est pas des plus prononcée durant les premiers kilomètres. Ensuite elle serpente dans une forêt très agréable mais plus ardue. Comme j'ai décidé d'en garder, je grimpe tout en souplesse en profitant du décor. Des lacets permettent de relancer la machine, il n'y a personne, le temps semble suspendu.
Il y a pourtant quelqu'un, en effet au détour d'une épingle j'aperçois au dessus de moi des couleurs vives qui trahissent la présence d'un cycliste. Un peu plus haut je peux même voir qu'il s'agit en fait d'une cycliste qui a l'air de pas mal se débrouiller. Inconsciemment j'ai un peu accéléré alors que la pente est plus forte. Soudain à la sortie d'une épingle j'aperçois la cyclo arrêtée sur le bas côté. Je lui demande si ça va, ce à quoi elle me répond d'un sourire en disant que tout est ok.
Je continue donc sur ma lancée car je me sens bien. Quelle différence avec les mauvaises sensations du Galibier. Je sais pourtant qu'il ne faut pas céder à l'euphorie, en montagne le coup de bambou peut survenir brutalement.
Je devrais logiquement parvenir bientôt à Villard où je sais qu'il y a un replat pour récupérer mais ça ne vient pas vite, c'est vrai que ça monte sérieusement et que la vitesse n'est pas très importante.
Enfin je parviens au premières maisons, la traversée est agréable dans ce charmant village tout en longueur. Le replat annoncée est bien là, il y a même une légère descente. Je récupère, j'en profite pour m'alimenter et boire car ce qui reste n'est pas piqué des vers, je n'ai fais que la moitié du chemin qui conduit au sommet.
Une fois dépassée la dernière maison ça recommence à monter, il faut donc se remettre dans l'allure. Un petit coup en danseuse, me voilà rassuré, tout va bien. Pourvu que ça dure.
Je commence à penser de plus en plus souvent au final avec une petite angoisse, vais-je bien le passer ? Quelques belles prairies laissent la place à une portion magnifique dans des résineux. Le franchissement d'un torrent annonce un passage au pourcentage sévère. Un cyclo c'est arrêté sur le bas côté visiblement fatigué. Je dois m'employer pour me sortir de ce mauvais pas.
Ensuite la pente se radoucit un peu, j'aperçois tout au fond le sommet du col, il s'agit là de la longue approche jusqu'au mur d'arrivée. Ce coup-ci le décor n'est qu'alpages peuplés de ruminants, l'endroit se nomme d'ailleurs " Alpages de LECHET ".
Cette partie n'est pas des plus difficile mais le nombre de km d'ascensions se fait un peu ressentir alors qu'il faut en garder sous la pédale en prévision du bouquet final. Au fur et à mesure que la route avance, on devine distinctement les épingles de la partie finale, cela n'a rien de rassurant.
Un premier lacet me conduit à l'endroit où j'étais stationné une semaine plus tôt lors du passage du tour. Je me souviens qu'à cet endroit ils m'avaient paru faciles alors qu'en fait c'est déjà très raide. Même le grupetto de Zabel allait beaucoup plus vite que moi, c'est là qu'on mesure la différence énorme entre eux et le commun des cyclistes.
Allez, pas le temps de gamberger, il faut continuer à grimper pour en finir avec ce col. Je jette dans la bagarre mes dernières cartouches, à savoir le 39x28 et ce n'est pas du luxe ! La pente est en effet très prononcée, au moins 10%, il faut forcer comme une brute pour faire avancer la machine mais à la différence du Galibier j'ai encore des réserves et ça se passe plutôt bien. Comme la pente ne faiblit pas et que ça dure, de temps en temps je réussis même à m'asseoir. Un lacet, séparé d'un autre lacet par une ligne droite au pourcentage toujours infernal pour enfin parvenir à la dernière portion conduisant au sommet. La route est badigeonnée d'inscriptions de tous styles à la gloire des forçats de la route.
Vue sur la dernière rampe
J'en finis avec ces 2 derniers km harassant, je passe la ligne signalant le trophée des grimpeurs avec un temps de 1 h 34 mn pour 20 km d'ascension. J'ai aujourd'hui été bien meilleur grimpeur que le Didier du dimanche précédent franchissant à l'agonie le sommet du Galibier, j'en suis tout émoustillé et cela me redonne un bon moral. Sans doute le fait de partir prudemment m'a permis de bien gérer la grimpée de ce col difficile. Il faut savoir tirer les enseignements des erreurs commises, cela me servira de leçon pour mes futures aventures en montagne.
Il ne me restait plus qu'à rejoindre la partie finale de la Croix de fer qui m'a paru presque plate tellement il y a une différence de difficulté avec la fin du Glandon. Je dévale donc tout Guilleret la descente sur Saint Jean de Maurienne en croisant beaucoup de cyclos, certains sont carrément cuits, d'autres ont un rythme un peu plus soutenu. C'est vrai que la partie finale de ce col est tout de même corsée. Je profite pleinement des paysages, je me régale. Sans doute euphorique, je décide au croisement conduisant au col du Mollard de m'offrir ce petit détour non prévu au programme et par la même occasion d'accrocher ce col à mon palmarès.

C'est chose faite après 7 km de grimpée très sympa par une belle petite route de montagne.
Ensuite j'ai pu rejoindre mon véhicule via St Jean de Maurienne au bout de 85 km de bonheur qui effacent en partie la pénible sortie précédente.
D.Taya2 Juin 2003
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