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Col Izoard (05) Altitude 2360 mètres



Je me devais absolument de grimper ce monument du cyclisme avant la fin de mon séjour pour à mon tour entrer dans la légende.
Comme à l’accoutumée je partais de bon matin, ce coup-ci directement en vélo. La fin de la sortie me verrait donc affronter à nouveau la redoutable côte de Ceillac.

Il fait un peu frisquet en ce début de matinée du lundi 21 juillet 2003 malgré le ciel bleu. Il faut dire que Ceillac est situé à un peu plus de 1600 mètres d’altitude. Il convient donc de se prémunir d’un coupe-vent pour la descente rapide. Une fois à Maison du Roy, il me faut remonter à nouveau toute la vallée du Guil jusqu’au croisement indiquant le début de l’ascension.

Après avoir pris soin de retirer le coupe-vent, j’attaque la montée prudemment. Ce col est réputé et il me fait un peu peur. Les premiers kilomètres se passent bien, la pente n’est pas trop prononcée ou bien c’est moi qui commence à prendre le rythme du montagnard?

Je parviens donc assez facilement à Arvieux, beau village où sont fabriqué des jouets en bois. La route chemine au milieu de verts pâturages avec son lot de ruminants, c’est très agréable surtout que le beau temps est de la partie. Je sais que je ne suis pas encore entré réellement dans le vif du sujet, autant en profiter pour admirer la beauté du site.

Lorsque je laisse Arvieux derrière moi, il me faut affronter une longue ligne droite, ici les affaires se corsent un peu plus. Au loin je vois la forêt située au dessus de Brunissard où vont se dérouler les hostilités. Au dessus on aperçoit la Casse déserte.

L’approche de Brunissard est un peu languissante mais finalement j’y parviens sans avoir trop entamé mes réserves. Je me ravitaille car je vais avoir besoin de mettre en oeuvre toutes mes forces.

Sitôt la traversée du village terminée, un long passage à 10 % me rappelle brutalement que je suis bien en train d’affronter un col hors catégorie. Je mets un bon bout de temps à parvenir jusqu’à l’épingle à droite marquent l’entrée dans la forêt de résineux. Le triple plateau est de rigueur, la moulinette impérative.

Le paysage est radicalement différent, il est agréable au beau milieu de tous ces arbres. La pente l’est beaucoup moins, c’est vraiment dur ! Il faut aller d’un lacet à l’autre sur un pourcentage ne descendant pas au dessous de 9 %. Je dépasse un cyclo aperçut en contrebas qui est littéralement planté sur sa machine. Il vient du nord de la France comme l’indique son maillot, ceci explique sans doute cela car il doit être bien compliqué de se préparer à de tels efforts pour nos amis les ch’tis. C’est plus facile pour nous autres les gars du Sud, avec les Cévennes à portée de fusil et l’incontournable col de la Luzette ou bien le Mont Ventoux qui n’est qu’à quelques encablures. Je l’encourage et repars à l’ouvrage car je suis encore loin du sommet.

D’un lacet à l’autre le temps commence à être long, la fatigue s’installe peu à peu. Je cherche les signes annonciateurs de l’approche de la Casse Déserte où je sais que je vais trouver un peu de répit. Cela ne saurait tarder au vu du terrain sur lequel ont poussé les résineux mais que les derniers hectomètres sont difficiles !



La Casse Déserte

Enfin j’y parviens, on me l’a tellement décrite et vantée que je souris béatement à cette vision d’un autre monde. Le panneau indiquant "La Casse Déserte" me fait entrer de plein pied dans un monde minéral peuplé de rochers déchiquetés au milieu d’éboulis.



Etrange beauté qui s’accompagne d’une portion descendante où les muscles peuvent se relâcher un peu. A présent je suis au cœur de la légende.

Je salue au passage la stèle dédiée aux champions cyclistes Coppi et Bobet qui ont tant contribué à glorifier ces routes de par leurs passes d’armes restées célèbres mais il me faut déjà me remettre à l’ouvrage car le sommet est encore plus haut et la route s’élève à nouveau.



Stèle à la gloire des champions Coppi/Bobbet

Ces quelques instants de pur bonheur m’ont redonné des forces car à présent j’avale littéralement le bitume. Mes forces sont décuplées, la pente est sans doute moins sévère qu’après Brunissard mais tout de même certains passages sont ardus. Néanmoins je les digère sans coup férir.



Un univers minéral

L’univers minéral s’estompe peu à peu, mon expérience en montagne me donne à penser que je dois avoir dépassé le cap des 2000 mètres. Il n’y a plus que de l’herbe rase tout autour de moi. Au détour d’un lacet je vois en contrebas la flopée de véhicules stationnée dans la Casse Déserte. Le sommet approche, j’y parviens finalement assez facilement au bout d’une heure 07 minutes d’ascension pour 14,5 km et environ 1100 mètres de dénivelé depuis le croisement à la sortie de la vallée du Guil.



Ca y est, c'est le sommet!

Une large vue s’offre à moi côté Briançonnais pendant que j’enfile mon coupe-vent. Plusieurs cyclos arrêtés procèdent de même en se ravitaillant. Je les imite et après quelques instants décide de repartir afin d’effectuer en sens inverse les 35 kms qui m’ont permis de me hisser jusqu’ici.

La descente est comme toujours une récompense, je file à toute allure jusqu’à la Casse déserte où il faut redonner un coup de reins dans la partie montante avent de plonger à nouveau vers Brunissard à travers la forêt de résineux. Je salue d’un grand sourire tous les cyclos que je croise arque-boutés sur leur machine. L’air me siffle aux oreilles, j’en ferais presque tout autant tellement je me sens bien.

Le reste du trajet ne serait qu’une formalité s’il n’y avait le retour sur Ceillac avec la toujours aussi impressionnante ascension finale. Je franchis cette dernière difficulté en serrant les dents et peut réintégrer le centre VVF l’esprit tranquille avec le sentiment du devoir accompli, heureux et fier d’avoir dompté un autre col de légende.



Le VVF de Ceillac (tout au fond)



D.Taya2 Avril 2004

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