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Col du Tourmalet (65) Altitude 2115 mètres



Les vacances allaient se terminer et je n'avais toujours pas trouvé le temps d'aller grimper le Tourmalet. C'était le 5ème et ultime col à plus de 2000 mètres manquant pour terminer ma liste avant envoie au club des cent cols. Il ne me restait plus que la veille du départ, le vendredi pour réussir cette grimpée. Cela risquait d'être un peu compliqué vu que la veille j'avais fait une rando sac à dos très dure, plus de 1700 mètres de dénivelé pour 8 heures de marche qui avait elle même succédé à l'ascension du col du Portet le mercredi. Sans oublier la cyclosportive l'Ours le dimanche précédent ainsi que le décrassage le lendemain dans Peyresourde. Bref, je risquais d'être un peu limite au niveau récupération, mais je n'avais plus le choix sous peine de patienter encore un an avant de compléter ma fameuse liste. Par prudence je décidais d'associer ma petite famille à cet "exploit". Je demandais donc à mon épouse de venir me rejoindre à la Mongie en fin de matinée pour aller visiter le pic du midi en téléphérique. Cela m'éviterait de revenir jusqu'à Val Louron en vélo en me tapant à nouveau le col d'Aspin ainsi que le col d'Azet. Bien m'en a pris !

Je décide donc de partir de bon matin avec mon coupe vent sur le dos car il fait frais. Le plafond est plutôt bas, ce qui ne me dit rien qui vaille. Une fois dans la vallée, je pédale en souplesse pour bien me remettre en route car j'ai un peu mal aux cannes. Arrivé à Arreau j'enlève le coupe vent pour affronter l'Aspin.



Je pars tranquille car je me souviens de mon calvaire 5 jours avant lors de l'Ours. Les premiers km sont faciles et permettent de se chauffer. Lorsque ça se corse, je tombe des braquets pour être souple. Finalement ça se passe plutôt bien sauf que vers le haut le plafond est de plus en plus bas. Une petite pluie fine m'accompagne même durant le dernier kilomètre. Tout cela n'est pas très encourageant, qu'est-ce que ça doit être à plus de 2000 mètres! Il vaux mieux ne pas y songer. Je finis le col en m'économisant quand deux types en vélo arrivent juste derrière mois à toute vitesse. Sans doute m'avaient-ils en point de mire et voulaient-ils de ce fait me rattraper. On se salue lorsque je met pied à terre pour enfiler à nouveau mon coupe vent. L'un d'eux arbore le maillot dont nous ont fait cadeaux les organisateurs de l'Ours. Ils s'arrêtent également un peu plus loin. J'attends qu'ils repartent pour me remettre en selle, je n'ai pas envie de "m'allumer" avec eux, l'objectif est le sommet du Tourmalet, je n'en démordrais pas.



Au fur et à mesure de la descente la pluie cesse, le plafond est plus dégagé. Un peu avant Ste Marie de Campan je peux même ôter le coupe vent. Arrivé dans le village, je tourne à gauche au croisement marquant le début du col quand je vois mes 2 compères arrêtés à la fontaine en train de se ravitailler en eau. Mince, ils vont faire eux aussi le col et ils sont à présent derrière moi. Je me promets de rester calme s'ils me rejoignent, l'expérience du Galibier l'été précédent m'a servi de leçon. Un grand col ça se monte à sa main, déjà que je ne suis pas rassuré quand à ma récupération pour grimper là-haut, je ne vais pas en rajouter.

Le début du col me déconcerte un peu de par sa facilité, en même temps ce n'est pas bon signe, vu le dénivelé annoncé sur les panneaux jalonnant la montée, il y a des chances pour qu'après ce soit plus corsé. En effet, à la sortie de Grip la route s'élève brutalement, le soleil qui vient de sortir des nuages me donne très chaud soudainement. J'enlève les manchettes , j'ouvre le maillot et je mets le triple, ce coup-ci c'est parti !

J'essaye de prendre un rythme "en dedans" afin de préserver mes forces, mais ce n'est pas simple. Je ne me sens tout de même pas trop mal. Parvenu à une épingle, je constate que les deux cyclos sont juste derrière moi. Sans doute vont-ils bientôt me rejoindre. Je ne m'en préoccupe pas plus que ça, préférant me concentrer sur mon effort. Le pourcentage est supportable mais tout de même assez sévère, par contre le revêtement est excellent ce qui aide bien. Le paysage est sympa, pour le moment c'est plutôt de la forêt. Je prends mon mal en patience en laissant agir la "moulinette". On m'a dit de me méfier des paravalanches car c'est à cet endroit que la difficulté est la pire. Je les vois au loin, je me prépare donc à souffrir.

Après un bon moment j'y parviens et c'est vrai qu'il faut en mettre un coup. Dans l'un deux, il y a 4 moutons qui bêlent à mon passage. Au loin la station de la Mongie semble me tendre les bras mais il va falloir se bouger pour y parvenir. Au sortir du dernier paravalanche, je commence a être sérieusement dans le dur. Je rejoins un cyclo que je voyais depuis un bon moment, il est complètement à la dérive, encore plus mal que moi. Au fait, les deux cyclos ne m'ont pas rejoints, je me retourne, ils ne sont pas là. Il me faut à présent mettre toutes mes forces dans la bataille pour parvenir à atteindre la panneau de la station arque bouté sur mon 34x28 !

Ouf, j'y suis mais je sais que je ne suis pas tiré d'affaire car dans la rue principale ça monte encore très fort. Je m'en souviens pour y être venu 10 ans auparavant skier, même à pied c'était raide. J'ai pu récupérer un peu et le fait qu'il y ait du monde me donne de nouvelles forces pour ne pas paraître trop carbonisé. Au sortir des derniers immeubles, je repère l'endroit où j'ai donné rendez-vous à mon épouse tout à l'heure mais avant il me faut encore aller plus haut pour accrocher ce col à mon palmarès.

A présent il fait plus frais malgré le soleil. Il n'y a plus d'arbres mais des alpages. J'avance doucement, la fatigue est bien présente, vivement que ça se termine. Dans des lacets je double un autre cyclo sur des braquets encore plus réduits que les miens. Au passage sous le télésiège arrêté en cette saison je me remémore la fois où avec mon épouse et mon beau-frère nous sommes restés bloqués durant de longues minutes assis sur ce même télé-siège à cet endroit là dans une tempête de neige mémorable. C'était il y a 10 ans, je n'aurais jamais cru me retrouver un jour sur cette route en vélo.

Allez encore un effort, je vois le sommet, que les derniers hectomètres sont difficiles! Ca y est j'ai réussi, le col est vaincu. Je pose pied à terre au pied de la sculpture représentant un cycliste.



Le Géant

Vite j'enfile mes manchettes, mon coupe vent et je glisse un journal sous le maillot car il fait très froid. Un cyclo me demande de le prendre en photo devant le panneau marquant le sommet et l'altitude, ce que je fais bien volontiers. Il y a beaucoup de monde autour de moi, des cyclos mais aussi des piétons, des voitures. Ceci me décide à ne pas m'attarder plus longtemps. Demi-tour et en route pour la Mongie.



Vue sur la Mongie

Heureusement que je ne dois pas retourner à Val Louron sinon ça aurait été le calvaire. Dans les lacets qui terminent l'ascension je croise les 2 cyclos qui auraient dû me rejoindre, l'un d'eux n'a pas l'air très frais, je ne suis pas le seul à avoir souffert.

Que la descente sur la Mongie me semble agréable malgré le froid qui me pénètre. Arrivé au lieu de rendez-vous je n'attends tout au plus qu'un quart d'heure le véhicule salvateur. C'est avec une grande joie que j'accueille le restant de la famille, épuisé mais heureux d'avoir vaincu ce grand col. J'allais enfin pouvoir envoyer ma liste de cols pour à mon tour faire mon entrée dans la célèbre confrérie des cent cols.

D.Taya2 Septembre 2003


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