Rand'eau de la Tour 2003
La veille au soir, au vue des prévisions météo particulièrement mauvaises nous avions décidé par téléphone avec le collègue Alain de partir directement sur le circuit de la rando de la Tour organisée par notre club la Roue Libre qui passait à Argelliers distant de 6 km.
Comme prévu lorsque le réveil sonne il pleut. Je me lève quand même, me prépare en me disant "on verra bien". Je ne suis pas très chaud pour partir mais finalement je me décide en ayant pris soin de prendre mon "mulet" le Peugeot carbonne avec des roues et des pneus de bas étages ainsi que la majorité de mon équipement d’ailleurs hormis le Gore-Tex.
Je passe devant chez Alain à 08 heures 05, j’ai 5 minutes de retard mais de toute façon il m’a annoncé qu’en cas de pluie il renoncerait à sortir. Il ne fait pas très froid, 08 degrés environ. La pluie est fine mais continue, je pars à l’aventure en espérant faire le maximum du circuit.
J’arrive à Argelliers après la côte qui m’a réchauffé, pour l’instant la pluie ne m’a pas transpercé. Je suis donc maintenant sur le circuit de la rando. Il n’y a pas âme qui vive.
La côte des Matelettes me fait un peu mal aux jambes, il pleut de plus en plus. J’arrive au croisement avec la route de Viols le Fort. Je dois prendre une décision, à droite c’est le moyen et grand circuit avec l’assurance de voir la joyeuse bande de copains chargés du ravito au Causse de la Selle, mais une fois embarqué difficile de couper. A droite c’est le petit circuit avec la sécurité de pouvoir rentrer rapidement au cas où. Comme la pluie s’intensifie, je tourne à gauche avec regrets.
La descente sur Puechabon me glace jusqu’aux os. Je commence à avoir les pieds trempés malgré les surchaussures. Une fois au pont du diable je me dis que je vais tout de même suivre le petit circuit pour passer voir le reste des collèges chargés de l’organisation qui se trouvent à l’arrivée à Gignac.
Direction St Jean de Fos où j'arrive après 25 km environ de plus en plus mouillé mais bizarrement dans la partie du village en montée je me sens plutôt bien. Il pleut moins, lorsque je parviens au croisement dans le centre du village je décide de ne pas suivre l’itinéraire du circuit mais d’allonger un peu la distance en poussant jusqu’à Lagamas.
Je relance donc en danseuse quand tout à coup je vois débouler de derrière une voiture en stationnement une boule de poils blancs qui se jette littéralement sous ma roue avant. Je n’ai pas le temps de l’éviter, je lui roule dessus, le chien puisqu’il s’agit d’un chien, style roquet hurle et moi je plonge les mains en avant en ayant le réflexe de ne pas tomber sur le côté droit. Je veux en effet éviter de me casser à nouveau le fémur comme six semaines plus tôt après une glissade sur la glace près de Cornonterral.
Immédiatement je me relève, tout heureux car la jambe n’a pas été touché. Je ressens à peine un engourdissement aux doigts de la main droite engoncés dans des gants de ski détrempés. Une voiture s’arrête pour me demander si ça va, je réponds que oui mais que je commence à en avoir assez de toucher le sol.
Je réajuste la roue avant qui s’est décentrée, il ne semble pas y avoir d’autres dégâts. Je repars aussitôt un peu hagard. Je m’arrête à la sortie du village car le guidon n’est plus du tout centré. J’en profite pour retirer le gant et vérifier ce petit doigt tout engourdi. Je constate alors qu’il est carrément tordu, à angle droit, c’est spectaculaire. J’essaye de tirer dessus mais rien n’y fait. Je remets mon gant comme je peux et je repars avec les boules. J’imagine le pire, les urgences un dimanche, les longues heures d’attente, les semaines à venir compromises pour l’entraînement. Je suis partagé entre la colère et l’angoisse.
Comme je ne suis plus très loin de Gignac je décide d’aller demander du secours à mes collègues présents à l’arrivée. J’arrive rapidement à Gignac, la peur m’a donnée des ailes pour tourner les jambes comme un forcené. Je pose le vélo à l’entrée de la salle puis je pousse la porte en ayant préparé à l’avance la phrase pour leur annoncer le topo.
"Salut, j’ai un problème je crois que je me suis cassé un doigt", le tout en enlevant le gant pour leur montrer l’ampleur des dégâts. Coup de bol, Albert qui à l’air de s’y connaître me dit que ce n’est pas cassé mais luxé. Après m'avoir soigneusement essuyé le doigt, il tire dessus pour le rendre plus présentable. J’essaye de le bouger, il se remet aussitôt à angle droit. Il me dit qu’il faut impérativement l’immobiliser. Il fabrique alors une attelle de fortune avec un bout de carton et du scotch pour le fixer. J’enfile le tout dans des gants secs que j’avais eu la bonne idée de prendre dans la poche puis je décide de repartir rapidement afin de ne pas me refroidir.
Je quitte la salle en laissant une flaque d’eau à l’endroit ou j’étais stationné. Je salue et remercie tout le monde puis je repars direction Aniane.
Durant quelques kilomètres le froid me fait grelotter un peu jusqu'à ce que la côte en direction de la Boissière vienne me réchauffer, merci le Gore Tex. Arrivé à la Boissière je quitte le circuit pour rentrer par La Taillade. Comme la pluie est moins forte et que je n’ai pas de douleur à la main je pousse même jusqu’à Bel Air pour rouler au moins 03 heures, trempé pour trempé autant en profiter !
Mon garage m'accueille ruisselant, un peu ennuyé de devoir annoncer à mon épouse que je suis encore tombé. Je lui dis que "ce n’est pas trop grave", ce à quoi elle répond, "comme d’habitude !!". C’est vrai que ça commence à bien faire.
Je suis tout de même inquiet mais finalement le diagnostic de l’ami Albert s’avérera être le bon, puisqu’il s’agissait en fait d’une simple luxation. Je m’en sors avec quelques jours muni d’une vraie attelle puis une quinzaine d’autres jours avec trois doigts fixés entre eux par du sparadrap.
Au bout du compte je m’en tire plutôt bien mais je m’en souviendrai de cette 7ème randonnée de la Tour!!
D.Taya2 Février 2003
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